La Communauté européenne et les États-Unis critiquent la façon de gouverner d’ICANN

Suite à la décision récente de l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) d’approuver la nouvelle extension .xxx, la grogne se fait entendre à l’encontre de l’organisation et, en particulier, de son système de gestion des noms de domaine de premier niveau (les fameux « TLD »). Le plus récent exemple de cette grogne serait une affirmation récente par la Commissaire européenne en charge des agendas numériques, d’une part, et le Secrétaire adjoint du Département américain du Commerce, d’autre part, quant au besoin de réforme quant à l’ICANN.

Jeudi dernier, la Communauté européenne (la « CE ») et les États-Unis auraient ainsi exprimé conjointement leur appui à ICANN mais, et la précision s’avère importante, sujet à ce que l’organisation mette en oeuvre une série de recommandations visant à améliorer sa transparence. On aimerait aussi que l’ICANN accorde dorénavant plus de poids aux recommandations de son Conseil consultatif gouvernemental, lequel représente les gouvernements et autres organisations internationales au sein de l’organisation (mais dont les recommandations ne s’avèrent pas obligatoires pour elle).

De l’opinion ainsi exprimée par la CE et les États-Unis, il faudrait donc voir à ajuster le fonctionnement interne d’ICANN ; La façon de gouverner l’ICANN (et indirectement les TLD) doit être modifiée. Telle est l’opinion des gouvernements américains et européens.

On rappellera qu’ICANN doit approuver, d’ici au milieu de l’été, toute une série de nouveaux domaines de premier niveau, ce qui devrait changer une partie de la face de l’Internet.

Lire à ce sujet un article du journal Le Monde informatique.

Les États-Unis envisagent une nouvelle loi concernant la contrefaçon sur Internet

Après le projet de loi américain avorté l’an dernier nommé Combating Online Infringement and Counterfeits Act (ou « COICA »), un nouveau projet de loi visant la contrefaçon, la vente en ligne et les noms de domaine voyait le jour cette semaine : le PROTECT IP Act of 2011 (disons le « PIP »).

PIP exigerait notamment des partenaires qui fournissent des services financiers et des partenaires de réseaux de publicité (par exemple, les serveurs de liens sponsorisés qui réfèrent à ce site) d’un site éventuellement visé par une action intentée en vertu de PIP à couper les ponts avec ce site. Les moteurs de recherche (notamment) pourraient d’ailleurs être obligés, en vertu de PIP, d’interdire l’accès aux résultats de recherche ou aux liens référant à un site (i.e. un nom de domaine) qu’on aurait fait déclarer indésirable en vertu de cette loi, ce que va passablement plus loin que ce qui est présentement disponible en terme de recours, même aux États-Unis.

PIP comprendrait également des dispositions permettant (notamment) aux détenteurs de marques de commerce d’intenter un recours directement contre l’opérateur ou le propriétaire d’un site vendant des produits contrefaits (« dedicated to infringing activities ») et qui serait enregistré hors des États-Unis (i.e. dont le registre et le registraire sont situés à l’étranger).

Ce projet de loi comprendrait d’ailleurs un véhicule procédural permettant d’intenter une procédure judiciaire directement contre un nom de domaine (une action in rem) plutôt qu’en essayant de s’en prendre au détenteur ou au registraire du nom en question, lequel se trouvera souvent à l’extérieur des États-Unis.

Si elle est adoptée, cette législation pourrait bien devenir un problème de plus dont doivent s’inquiéter les entreprises canadiennes, particulièrement si une société américaine peut monter un argument à l’effet que leur site Web possède une vocation liée à la contrefaçon. En pratique, il semble que l’amorce de procédures en vertu de PIP permettrait alors de demander qu’une injonction soit émise, en coupant ainsi l’accès et/ou l’opération du site visé. Si le projet va de l’avant, nos entreprises auront intérêt à porter attention (et à réagir) si jamais elles sont avisées qu’un tiers entend entreprendre un recours contre leur site (ou nom de domaine) basé sur PIP.

Lire un article du Electronic Frontier Foundation à ce sujet (en anglais).

Lire le projet de loi américain PROTECT IP Act (en anglais).

L’OPIC dépose son Plan d’activité 2011-2012

L’OPIC annonçait ce matin la publication de son Plan d’activité 2011-2012.

Dans ce document, l’OPIC tente de faire le point quant à là où on en est, en plus d’annoncer ce qu’elle entrevoit pour les cinq prochaines années, en termes très généraux.

Le document donne certaines statistiques intéressantes en matière de marque, dont les suivantes :

  • 90 % des demandes électroniques reçoivent maintenant une date officielle de dépôt (de la demande) dans les quatre (4) jours ;
  • 90 % des demandes font l’objet d’une action du Bureau des marques (refus ou rapport d’examinateur) dans les six (6) mois du dépôt de la demande (avouons que cette statistique ne dit pas grand chose) ;
  • 90 % de la correspondance fait l’objet d’une réponse par le Bureau des marques dans les quatre (4) mois suivant la réponse du requérant au premier rapport d’examinateur  ;
  • 90 % des demandes d’enregistrement (à la toute fin du processus) sont traitées (et la marque enregistrée) dans les vingt-cinq (25) jours ouvrables suivant la réception de la demande en format papier (alors que les demandes électroniques sont acceptées immédiatement, évidemment) ;
  • 90 % des dates d’audience sont fixées dans les quatorze (14) mois suivant la réception d’une demande d’opposition ; et
  • 90 % des décisions en matière d’opposition (dans lesquelles aucune demande d’audience n’a été présentée) sont rendues dans les quatorze (14) mois suivant la réception d’une demande (opposition)
  • 90 % des décisions en matière d’opposition (dans lesquelles une audience a été demandée) ont été rendues dans les 4 mois suivant la date d’audience.

Pour l’avenir, le document mentionne notamment que l’OPIC entend poursuivre la modification de certains aspects de la Loi sur les marques de commerce et du Règlement sur les marques de commerce, tel que déjà en chantier.

Lire le document de l’OPIC.

ICANN propose une politique accélérée pour les noms .net

ICANN viendrait d’ajouter une proposition de mécanisme supplémentaire à son projet de contrat (présentement en phase de discussion) avec le registraire relativement à l’extension .net.

 

Le mécanisme qu’on proposerait se nommerait URS (ou « Uniform Rapid Suspension ») et viserait à faire suspendre un nom de domaine (plutôt que de le transférer au requérant), par une procédure allégée visant à faciliter la correction des abus du système d’enregistrement de noms de domaine .net. Dans un cas clair, une procédure d’URS pourrait donc être intenté par un détenteur de marque, visant à faire suspendre un nom de la zone .net enregistré ou utilisé de façon abusive.

La URS permettrait à moindre coût (on parle d’environ 200 $ ou 300 $ en frais à peine) de faire suspendre un enregistrement, plus facilement et rapidement qui si on devait passer par l’UDRP pour ce faire. Bref, comme son nom l’indique, l’URS est un mécanisme qui vise la rapidité… à l’instar du genre de mécanismes qu’on envisage d’adopter pour les nouveaux domaines de type GTLD, présentement en projet. En vertu de ce qui est proposé, on traiterait ici avec un décideur unique (i.e. pas un panel de trois arbitres), des frais réduits et des délais de réponse obligatoire resserrés.

Il ne semble pas clair pour l’instant que l’effet de l’URS sera nécessairement confiné à la suspension des noms de domaine ainsi visés. Il semble, en effet, que plusieurs groupes d’intérêt feraient présentement du lobbying auprès d’ICANN pour pouvoir éventuellement obtenir le transfert des noms visés, en évitant ainsi de devoir passer par une demande en vertu de l’UDRP.

Si le mécanisme est éventuellement inclus dans le contrat de Verisign relativement au domaine .net, ce dernier serait le premier GTLD (actuel) à inclure ce type de mécanisme subito-presto. Un tel mécanisme pourrait s’avérer très utile pour les détenteurs de marques qu’un nom de domaine de tiers gênerait, lequels trouvent souvent l’UDRP trop longue et coûteuse à leur goût.

La zone .net serait, à l’heure actuelle, la 3e zone en importance parmi les GTLD. Le changement qu’on envisage ici pourrait donc affecter de nombreuses entreprises. La période de commentaire quant à la proposition d’ICANN se termine aujourd’hui.

Lire un article à ce sujet (en anglais).

Le Canada amende son manuel des marchandises et services, puis se rétracte?

L’OPIC viendrait, en l’espace de deux jours, de successivement ajouter puis retirer environ 12 000 nouvelles entrées dites « Trilatérales » dans son Manuel des marchandises et services.

Depuis 2009, le Canada collabore avec les bureaux de marques américains et japonnais, notamment dans le but d’harmoniser la liste des désignations de produits/services qui sont vues comme acceptables pour les bureaux de marques de chacun de ces trois pays. L’OPIC aurait ainsi accepté d’introduire plusieurs dizaines de milliers de nouvelles désignations dans son manuel, dans le but notamment d’harmoniser son système d’enregistrement avec les systèmes américain et japonnais.

Semble cependant y avoir un hic, puisque 24 heures plus tard, l’OPIC se ravise et annonce son intention de retirerc certains des n0uveaux amendements de son manuel. Retour à la case départ ? Selon la note de l’OPIC à ce sujet, il faudrait maintenant retirer plusieurs des ajouts d’hier :

puisque certaines sont inacceptables selon les exigences de la Loi sur les marques de commerce.

Les entrées Trilatérales sont dorénavant identifiées par un « T » dans le manuel, entrées qu’on devrait pour l’instant ignorer, selon la note la plus récente de l’OPIC.

Le système canadien de désignations textuelles de marchandises et de services posera souvent problème aux entités qui détiennent aussi des marques à l’étranger, notamment à cause du fait que le Canada n’applique pas le système des classes et ne désigne pas les produits/services comme les autres pays le font. C’est ce problème que tenterait actuellement d’amenuiser, le Mémoire de coopération entre les offices de propriété intellectuelle du Canada, des États-Unis, du Japon et l’Office de l’harmonisation du marché intérieur.

À se comparer on se console: Le gouvernement indien perd 44000 dossiers de marques

Le  Department of Industrial Policy and Promotion (le « DIPP ») de l’Inde admettait récemment que ses agences gouvernementales auraient perdu près de 44 000 dossiers (physiques) touchant des marques de commere.

Le DIPP aurait été forcé de reconnaître la bévue suite à une enquête déclenchée par un recours intenté par l’entreprise Haldiram Pvt. Ltd. Selon l’affidavit du DIPP, les dossiers auraient été égarés en 2006 lors de la décentralisation du Trade Marks Registry, de Mumbai vers d’autres villes et d’autres bureaux.

On dit souvent que le système d’enregistrement de marques de commerce du Canada s’avère désuet et manque d’efficacité ; cela pourrait clairement être pire.

Lire un article du journal The Sunday Guardian à ce sujet (en anglais).

La zone .xxx se matérialise… ou presque

Les médias rapportent que, moins d’un mois après l’approbation du nouveau domaine de premier niveau .xxx par l’ICANN, les serveurs DNS feraient déjà référence à certains noms de domaine de la nouvelle zone.

Bien que rien ne soit pour l’instant en ligne, le domaine réservé au contenu à caractère pornographique .xxx comptera vraisemblablement d’ici quelques jours ses premiers sites actifs. Le registraire attitré, ICM Registry, aurait d’ailleurs déclaré avoir reçu plus d’un demi million de réservation de noms de domaine .xxx. Malgré les importantes hésitations ayant précédées son adoption, la zone .xxx semblerait en phase de devenir réalité. Du point de vue des droits de marques de commerce, restera maintenant à voir combien de temps cela prendra pour que les premières procédures judiciaires ou d’arbitrage soient entreprises contre les détenteurs de noms de domaine de cette zone qui reprendraient les marques de tiers dans leurs noms de domaine.

Pour l’instant, l’opinion de l’industrie du contenu pornographique semble relativement divisée sur l’utilité de la n0uvelle zone, à laquelle nombre des joueurs de cette industrie ne désirent pas être (obligatoirement) cantonnés. À tout événement, au moins une partie de l’industrie semble en phase d’adopter le .xxx pour ses activités. La communauté de l’Internet espère (par l’introduction de cette nouvelle zone) faciliter le contrôle de l’accès à une partie du contenu pornographique, pour les parents ou certains pays, par exemple. Restera à voir si l’idée peut devenir réalité cependant.

L’expansion du Web continue donc, dont la prochaine étape sera vraisemblablement l’ouverture complète du système pour permettre carrément l’enregistrement d’extensions nouvelles, au cours des prochains mois et des prochaines années.

Lire un article de Branchez-vous à ce sujet.

Petite revue des changements proposés par l’ACEI quant à la PRD

L’ACEI continue sa progression vers une modification de sa politique de règlements des différents en matière de noms de domaine .ca (dont nous parlions le mois dernier).

Après une revue des changements qu’on propose actuellement (et qui devraient mener à une nouvelle mouture de la PRD), on peut diviser les principaux amendements à venir entre les sujets suivant :

  • Clarification de ce que l’on entend par la date d’enregistrement d’un nom de domaine pour les fins de la PRD (à savoir la date à laquelle le nom a été enregistré par le détenteur ou la personne de laquelle il l’a obtenu) ;
  • Conversion progressive du processus de PRD au numérique (en éliminant éventuellement complètement les soumissions en format papier) ;
  • Inclusion d’un facteur relatif à l’emploi commercial du nom de domaine, parmi ce qui tend à indiquer la mauvaise foi du détenteur ;
  • Modification de la mécanique de soummission d’une plainte, notamment quant à quelle portion du dossier doit être complétée pour que le dossier progresse ;
  • Précision du fait que les facteurs énumérés indicateurs de mauvais foi ou d’intérêt légitime ne sont pas exhaustifs ;
  • Précision du test à employer par l’arbitre quant à savoir si le nom de domaine porte à confusion avec la marque de commerce en question ;
  • Réduction des frais applicables, du moins pour certains des cas comme ceux des cas qui ne sont pas contestés ;
  • Suppression des questions de savoir si un requérant a des « droits » suffisants et/ou a « employé » sa marque de façon suffisante pour mériter d’être protégé.

L’ACEI consulte encore (jusqu’à la fin du mois) mais il semble probable que la plupart des changements ci-haut feront effectivement partie de la nouvelle PRD. À l’heure actuelle, la plupart des changements que contemple l’ACEI et quant auxquels elle désire encore obtenir des commentaires traite de la façon de réduire, un tant soit peu, le coût d’une plainte en vertu de la PRD pour les requérants.

L’ACEI propose notamment de scinder le processus de PRD, en réduisant le montant des frais à payer au tout début du dépôt d’une plainte (on scinderait donc le processus d’étude d’un dossier de PRD en deux), en réduisant les frais à de défrayer, particulièrement dans les cas où le détenteur ne répond pas à la plainte qui a été logée.

À voir ce qu’il adviendra mais il ne semble pas probable que la nouvelle PRD permette aux requérant de beaucoup économiser – à la limite, leurs frais seront répartis un peu dans le temps. Les frais de 4 000,00 $ qui sont présentement exigés pour déposer une plainte en vertu de la PRD ne risquent pas de diminuer de façon substantielle, malgré les amendements en préparation. On repassera si le but ici était de rendre la PRD plus accessible !

L’OMPI rapporte une augmentation de 30% des plaintes d’UDRP en 2010

L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (l’« OMPI ») annonçait la semaine dernière ses dernières statistiques relativement à la popularité des procédures de règlements basés sur les Principes directeurs concernant le règlement uniforme des litiges relatifs aux noms de domaine (l’« UDRP »).

Selon l’OMPI, son Centre d’arbitrage et de médiation aurait traité « 2 696 plaintes pour cybersquattage portant sur 4 370 noms de domaine » en 2010, soit presque 30 % de plus que l’an précédent. Les procédures d’arbitrage pour reprendre de force des noms de domaine enregistrés de mauvaise foi a donc encore la cote, plus de dix ans après son lancement.

L’OMPI est le prestataire de services le plus populaire auprès des détenteurs de marques, parmi les centres habilités à traiter les dossiers d’UDRP. Comme tel, les statistiques de l’OMPI en disent long sur la fonction que continue de remplir les mécanismes de règlement de dispute tels l’UDRP et son équivalent canadien la CDRP.

Lire la dépêche de l’OMPI.