Archives de la Catégorie Internet

VerSign propose une procédure qui lui permettrait de suspendre des noms de domaine

Le registraire VeriSign, Inc. viendrait de soumettre à l’ICANN, une proposition de nouveau mécanisme afin de permettre la suspension unilatérale d’un nom de domaine dans les cas d’abus. Chose intéressante, le registraire pourrait agir ainsi sans ordonnance d’un tribunal et même, de son propre chef.

Le mandat de VeriSign, Inc. se limite aux noms .com, .net et .name. La zone .com représente toujours la zone la plus convoitée à l’heure actuelle pour ceux qui désirent obtenir ou utiliser un nom de domaine à des fins commerciales.

On peut se questionner sur le pouvoir que tente ici de s’arroger VeriSign, laquelle cherche essentiellement à obtenir le droit de suspendre les noms éventuellement visés par cette procédure, sans aucune ordonnance judiciaire, par exemple. Jusqu’à maintenant, VeriSign se contente d’agir de la sorte lorsqu’un tribunal (habituellement un tribunal américain) émet une ordonnance. Or, ce dont on parle ici c’est de permettre ceci, sans qu’un juge valide d’abord la nécéssité de suspendre le nom de domaine visé.

Le protocole dont traite la proposition de VeriSign, lui permettrait si elle est adoptée, de dorénavant permettre la suspension d’un nom de domaine visé, dès que le registraire reçoit (entre autres) « requests of law enforcement or other governmental or quasi-governmental agency ». On comprendra qu’une demande pareille n’aurait pas à être un mandat ou une ordonnance de la Cour, mais pourrait simplement être une demande non-judiciarisée émanant d’un organisme quelconque du gouvernement ou traitant d’Internet.

Fait intéressant, la proposition mentionne aussi la possibilité d’agir pour VerSign « to respond to or protect against any form of malware », ce qui s’avère un peu vague, on en conviendra.

La proposition comprend  la possibilité éventuelle de contester une suspension après le coup mais demeure muette sur la possibilité d’éviter initialement la suspension, si elle ne s’avère pas fondée, par exemple.

La proposition de VeriSign devra être acceptée par le conseil d’administration d’ICANN avant d’entrer en vigueur, le cas échéant.

Lire la proposition de VerSign (en anglais).

Les noms de domaine internationalisés (et leurs accents) bientôt dans la zone .ca

L’Autorité canadienne pour les enregistrements Internet (l’ACEI) annonçait hier une consultation publique sur la façon de mettre en oeuvre les noms de domaine internationalisés (« IDN ») dans le domaine des noms .ca.

Les IDN permettront d’ici quelques temps d’employer non-seulement les noms utilisant les caractères de base mais aussi, et c’est là l’innovation, les caractères avec accents, tels é, ë, ê, à, â, ô, ù, û, ç, î, ï, etc. Grâce à ce changement, il sera bientôt possible d’enregistrer des versions des noms de domaine comportant la graphie exacte de mots et de noms français, chose qui n’est pas actuellement possible quand au moins une lettre comporte des accents.

Ce changement ouvrira évidemment la porte à une certaine part de cybersquattage, ce qui a de quoi inquiéter les détenteurs de marques et de noms de domaine actuels. Cela forcera aussi vraisemblablement les détenteurs actuels dont le nom ou la marque originale comporte des accents, à se montrer proactifs et à enregistrer la version IDN de leur(s) nom(s) de domaine .ca, question d’éviter que des tiers ne s’en saisissent.

Heureusement, l’ACEI prévoit une phase d’introduction (de trois mois), pendant laquelle les détenteurs actuels auront priorité pour enregistrer les variantes IDN de leurs noms .ca. Les entreprises canadiennes auront intérêt à voir à enregistrer leurs noms pendant cette période, sous peine d’éventuellement devoir reprendre leurs noms en format IDN à d’autres.

En apprendre davantage sur les détails de la consultation de l’ACEI.

The Tea Party: Deux groupes, un nom convoité

Le groupe musical canadien The Tea Party vendrait prochainement le nom de domaine qu’il avait enregistré il y a quelques années au regroupement politique conservateur américain du même nom, selon plusieurs médias. Le nom teaparty.com pourrait ainsi changer de main pour une somme qui, selon plusieurs parutions, pourrait tourner autour d’un million de dollars.

Pour une fois, aucune question de litige ni de procédures d’UDRP, puisque le groupe de musique a enregistré son nom en tant que nom de domaine bien avant que la formation politique du même jour ne voit le jour.

Lire un article dans The Gazette à ce sujet (en anglais).

Un nom de domaine est un bien meuble selon la Cour d’appel ontarienne

La Cour d’appel d’Ontario rendait récemment une décision dans laquelle elle qualifie un nom de domaine de bien meuble (en fait, “personal property“).

L’affaire en question porte sur le transfert du nom de domaine renner.com, d’abord sujet à une procédure d’UDRP (d’Arbitrage forcé) puis de procédures judiciaires en Ontario. Dans le cadre de ces procédures, une question se pose bientôt à savoir si l’Ontario s’avère être le forum approprié pour trancher un litige concernant le nom de domaine en question.

Le litige dont il est ici question opposait le registraire Tucows.com Co.  et la société brésilienne TLojas Renner S.A (« Renner »), détentrice de la marque de commerce RENNER. Dans un cas comme celui-ci, une société canadienne peut-elle demander à un tribunal d’ici de trancher le litige concernant un nom de domaine .com ? Oui de dire le tribunal d’appel ontarien.

Pour nos fins, l’extrait pertinent s’avère être celui où la Cour d’appel se dit prête à considérer, pour les fins de statuer sur le facteur de rattachement du litige avec l’Ontario, que le bien au centre du litige est un bien meuble situé en Ontario.

La nature juridique d’un nom de domaine continu de poser problème aux tribunaux depuis quinze ans, alors que les tribunaux hésitent à savoir si il s’agit d’un bien et, si oui, de quel type de bien.  Le système judiciaire ontarien vient donc de s’approcher d’une réponse, du moins pour ce qui est de la question dans le contexte d’un débat relatif à la juridiction des tribunaux ontarien.

Lire la décision Tucows.Com Co. v. Lojas Renner S.A.  (en anglais).

Décision de PRD jockey.ca: Ou comment se faire prendre le culottes aux genous

La société Ingenuity.Net Services Corp. perdait récemment une dispute de nom de domaine quant au nom jockey.ca avec Jockey International inc., fabricant des sous-vêtements de la marque notoire JOCKEY.

Cette décision n’a rien de particulièrement surprenant, compte tenu de l’identité du nom de domaine avec la marque dont il estquestion et (c’est là le coup fatal pour le détenteur du nom de domaine) le chevauchement entre les types de produits du détenteur de la marque JOCKEY, d’une part, et les types de produits et services annoncés par le site Web auxquels pointait jockey.ca. La longue histoire de la marque JOCKEY a également contribué à faire pencher la balance en faveur du requérant, puisque la marque existe depuis les années trente.

Dans un cas pareil, l’arbitre nommé en vertu de la PRD n’a pas eu beaucoup de difficulté à donner raison au propriétaire de la marque et à ordonner le transfer du nom.

D’ailleurs, le dossier de Jockey International inc. s’avérait d’autant plus sympathique que l’autre partie possédait, selon le registre Whois, une série d’autres noms de domaine parasitant les marques notoires de tiers. Tout cela mis ensemble ne laissait pas beaucoup de chance au détenteur du nom de domaine, qui s’est ainsi vu débouté sans trop de difficulté.

Fait intéressant, l’arbitre mentionne (en obiter) qu’il pourra se présenter des situations où on pourra conclure que le détenteur d’un nom de domaine l’a enregistré de mauvaise foi dans le but de le revendre éventuellement au propriétaire de la marque de commerce qu’il reproduit. L’arbitre termine cependant cette parenthèse de la décision en précisant que ce n’est cependant pas probable quand le détenteur détient et utilise le nom de domaine en question depuis plusieurs années sans jamais chercher à contacter le propriétaire de la marque. Dans un cas pareil, il sera difficile de parvenir à démontrer que son but lors de l’enregistrement était en réalité d’espérer un jour vendre le nom pour en tirer profit.

Lire la décision (en anglais).

Mise à jour de la PRD par l’ACEI, c’est officiel

Suite à consultation publique au cours de la dernière année, l’Autorité canadienne pour les enregistrements Internet (l’« ACEI ») vient d’annoncer la nouvelle mouture des règles de règlement de différends en matière de noms de domaines .ca (la « PRD »).

L’ACEI dit vouloir répondre aux commentaires qu’elle a reçu quant à la modification de la PRD, initialement rédigée en 2002, il y a de cela presque dix ans. On parlait donc depuis un an ou deux de mettre la PRD à la page, en tirant certaines leçons de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas avec le processus de PRD en pratique.

Tel que prévu depuis que l’ACEI nous avait donné un avant-goût de ce qui s’en venait, les changements touchent notamment :

  • On précise quel est le critère à appliquer quand on évalue s’il y a risque de confusion entre un nom de domaine et une marque de commerce : dorénavant, c’est le critère de la ressemblance étroite qui s’applique pour établir si un nom de domaine est « semblable à une marque au point de créer la confusion » ;
  • Ouverture de la liste des critères de mauvaise foi pour préciser que celle-ci est non-exhaustive. On ajoute d’ailleurs le cas de la mauvaise foi dans l’emploi d’un nom de domaine en vue d’en tirer un bénéfice commercial comme critère indiquant la mauvaise foi ;
  • Ouverture de la liste des critères d’intérêts légitimes pour préciser que celle-ci est non-exhaustive ;
  • Précision que la date d’enregistrement du nom de domaine est bien la date de l’enregistrement initial pour l’intimé ou son prédécesseur en titre (par ex., une entreprise de laquelle il aura acheté le nom en question) ;
  • Les décisions de PRD seront dorénavant mise en oeuvre en 30 jours, au lieu de 60 jours comme c’était auparavant le cas ;
  • La PRD permet maintenant (théoriquement) de déposer sa plainte en format numérique et non seulement sur papier (enfin!) ;
  • Confirmation qu’il s’avère possible pour l’ACEI de transférer un nom de domaine qui est visé par une procédure de PRD, dans le cadre d’un règlement du différend ;
  • Réduction des frais à payer au début du processus (de 3 000 $ à 1 000 $).

La PRD révisées entrera en vigueur le 22 août prochain.

Lire l’annonce de l’ACEI.

Google élimine les noms de domaine .co.cc de son index

Les noms de domaine de la zone de second niveau .co.cc s’avèrent soudainement moins utiles à leurs détenteurs, alors que Google vient d’en supprimer plus de DIX MILLIONS de son index, incluant semble-t-il la totalité des résultats de recherche pointant à ce domaine.

Google explique son élimination des noms de domaine de cette zone (de ses résultats de recherche), par le fait que ces noms seraient en grande partie utilisés pour des activités illicites comme l’hameçonnage (le « phishing ») et d’autres fraudes perpétrées par Internet. Selon une étude du l’Anti-Phishing Working Group, c’est près de 40 % des attaques d’hameçonnage qui émaneraient de cette zone, d’où la pertinence d’en faire disparaître les références sur son moteur de recherche, de dire la société Google.

Le problème serait notamment que le registre coréen qui opère cette zone permettrait l’enregistrement de noms de domaine « en gros ». Les malfaiteurs pourraient ainsi enregistrer jusqu’à 15 000 noms de domaine d’un coup, dont ils peuvent ensuite se servir pour monter des fraudes (par exemple, la vente de faux logiciels anti-virus) et des attaques informatiques visant les internautes.

Certains critiquent la tactique de Google, affirmant qu’une telle manoeuvre s’avèrera probablement peu efficace, notamment compte tenu de l’existence d’autres domaines de second niveau pouvant être utilisés par les criminels (dont co.tv, wo.tc, dlinkdns.com, cz.cc , etc.).

On comprendra d’ailleurs que les détenteurs de noms de domaine légitimes se voient aussi ainsi pénalisés en voyant les références à leurs sites évacués des résultats de Google. Du jour au lendemain, ces sites se retrouvent ainsi, sans quelque faute que ce soit de leur part, avec une visibilité en ligne grandement réduite.

On peut d’ailleurs se questionner sur l’efficacité à venir d’une telle stratégie, compte tenu de la venue prochaine des nouveaux domaines de premier niveau (GTLD), lesquels donneront (théoriquement) encore plus de choix aux fraudeurs.

Lire un article de Branchez-vous Techno à ce sujet.

Apple tente d’empêcher Amazon d’utiliser l’expression APP STORE et échoue

La société américaine Apple vient d’essuyer un échec dans sa tentative d’obtenir une injonction contre son concurrent Amazon, concernant son emploi du terme « Appstore », pour décrire (ou du moins identifier) sa bibliothèque d’applications à télécharger.

C’est en effet un juge de la Cour fédérale américaine qui a refusé cette semaine la demande d’injonction d’Apple, déposée en mars dernier. Apple aurait donc fait défaut de prouver les éléments requis pour qu’une injonction provisoire soit octroyée. En particulier, le tribunal a refusé la demande parce que basée sur le concept de dilution, lequel requiert que la marque visée soir notoire aux États-Unis, ce qu’Apple a par ailleurs été incapable de prouver.

Plus intéressant (et pertinent) encore, le tribunal a été forcé de constater que l’expression AppStore (ou APP STORE) est employé par une panoplie d’entreprises pour décrire (littéralement) leurs magasins en ligne offrant des applications à télécharger.

Puisque le service qu’Apple identifie comme son App Store n’est rien d’autre qu’un magasin (ou un entrepôt) virtuel nous permettant d’acheter des applications, il y a un argument facile à étayer que l’expression est en fait descriptive et, donc, non-sujete à devenir (ou demeurer) une marque de commerce. Comme chacun le sait, une marque ne doit pas généralement faire que décrire le produit ou le service en question, ce que la prétendue marque d’Apple fait très probablement. Dans le marché actuel, y a-t-il beaucoup d’internautes qui prétendraient ne pas comprendre l’expression App Store comme décrivant le concept même d’un magasin d’applications virtuel ? Il est certainement permis d’en douter.

Amazon a d’ailleurs visiblement comprise cette question, préférant employer une marque qui semble être Amazon Appstore.

La demande américaine d’enregistrement d’Apple quant à la marque APP STORE est présentement en opposition par la société Microsoft. Au Canada, Apple possède plusieurs demandes en instance pour la même marque et qui ne sont pas encore parvenues au stade de la publication.

Lire un article de CNET à ce sujet (en anglais).

Le projet de loi américain Protect IP critiqué par le milieu universitaire

Nous parlions récemment ici du projet de loi américain Preventing Real Online Threats to Economic Creativity and Theft of Intellectual Property Act of 2011 (ou, plus simplement, Protect IP), visant à protéger et renforcer, comme son nom l’indique, les droits de propriété intellectuelle, notamment en rapport avec Internet.

Protect IP a été proposé par le sénateur Patrick Leahy et reçoit l’appui de l’industrie du contenu, dont l’industrie de la musique et du cinéma. Le projet soulève cependant de vives critiques, notamment à cause des pouvoirs accrus (que plusieurs disent exagérés) qu’il entend conférer aux détenteurs de droits de PI, pour leur permettre de s’en prendre aux sites Web offrant du contenu qui selon eux contrefait leurs droits.

Bien que la loi s’adresse en principe à ce qui se passe aux États-Unis, elle vise directement les sites Web qui seraient hébergés à l’extérieur des États-Unis et qu’on pourrait éventuellement vouloir faire essentiellement banir de l’Internet, sans processus judiciaire. Le projet de loi introduirait ainsi un système par lequel des sites Web peuvent être mis sur la touche, en faisant en sortes que les serveurs de noms de domaine (au centre du fonctionnement d’Internet) puisse être forcés de cesser d’y référer les internautes. D’ailleurs, même les moteurs de recherche seraient forcés, dans pareils cas, de cesser de lier vers les sites en question. D’ailleurs, le tout pourrait se faire sans que le détenteur d’un site Web soit avisé de ce qui arrive et, donc, sans même avoir l’opportunité de débattre quant  à la question avant de se voir essentiellement coupé d’Internet.

Une autre des critiques adressées au projet de loi est qu’il définit mal en quoi consiste un site Web de nature contrefaisante et dans quelle mesure son contenu ou le contenu auquel il donne accès doit être de la contrefaçon pour donner ouverture aux genres de recours envisagés par Protect IP.

À date, c’est près d’une centaine de professeurs de droit, enseignant la PI qui aurait signé la lettre s’objectant à l’adoption éventuelle de Protect IP. Leurs voix se joindrait ainsi à une ribambelle de critique du projet de loi, dont de gros joueurs tels l’Electronic Frontier Foundation, Google et Yahoo!, pour ne nommer que ceux-là.

Lire la lettre (en anglais).

C’est officiel, ICANN acceptera les nouveaux TLD

ICANN, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, a approuvé hier la création d’un nouveau système par lequel les entreprises pourront dorénavant enregistrer leurs marques de commerce en tant qu’extension de type TLD (ou top-level domains).

On parle de ce changement depuis des années et semblerait qu’on y est maintenant, alors que ne restera qu’à mettre en place les structures permettant de réaliser l’objectif d’ouverture des extensions de domaine. Dorénavant, les entreprises pourraient ainsi, si elles le désirent, refléter leurs marques de commerce dans des extensions, en cessant, par exemple, d’enregistrer leurs noms de domaines dans la zone « .com ».

Pour l’instant, les experts semblent diverger d’opinion à savoir si ce nouveau système fonctionnera réellement, notamment compte tenu du coût très élevé d’enregistrement (on parle de coûts de plusieurs centaines de milliers de dollars pour nom, en pratique) et de la complexité du processus d’enregistrement.

À tout événement, il est à prévoir que cette nouvelle mouture d’extension TLD soit réservé aux multinationales, laissant peut-être ainsi les zones traditionnelles (comme la .com) aux petites et moyennes entreprises. En pratique cependant, il y a fort à parier que même les entreprises qui enregistrent leur propre extension gTLD continueront de détenir un portefeuille de noms de domaines ordinaires, notamment dans le but de déjouer les cybersquatters.

Les premières demandes pourront se faire dès janvier prochain et les premières extensions pourraient être ligne à la toute fin de 2012.

Lire un article à ce sujet.